Imaginez quitter votre terre natale il y a plus de mille ans, traverser des continents à pied, avec vos chariots et vos métiers ancestraux, pour atterrir en Europe où l’on vous prend pour des Égyptiens mystérieux. C’est l’histoire des Tsiganes qui commence ainsi, une épopée fascinante de nomadisme forcé et de survie culturelle. Plongeons dans cette histoire des Tsiganes, loin des stéréotypes, pour en saisir la richesse et les drames.
Les origines : un départ de l’Inde vers l’Occident
Les Tsiganes, ou Roms et Sinti selon les branches, tirent leurs racines du nord de l’Inde, probablement du Pendjab. Vers le Xe siècle, des groupes migrent vers l’ouest, peut-être pour des raisons économiques ou pour fuir des invasions. Ils traversent la Perse, l’Asie mineure, les Balkans, avant d’atteindre l’Europe au XIVe-XVe siècle. Leur langue, le romani, dérive du sanskrit, preuve linguistique irréfutable de ces origines.
En Europe, on les appelle vite « Égyptiens » ou « Gitans » (de l’espagnol egiptano), une erreur qui colle à leur peau. Dès 1419, ils apparaissent en France, à Châtillon-sur-Chalaronne ou Mâcon. En 1423, l’empereur Sigismond accorde une lettre de protection à un chef nommé Ladislav, autorisant l’émigration depuis la Transylvanie vers la Hongrie. Ces premiers arrivants sont souvent vus comme des nobles étrangers, mais la méfiance s’installe vite.
- Routes principales : Perse (IVe-IXe siècles), Empire byzantin, puis Europe occidentale.
- Branches majeures : Roms (Europe de l’Est), Sinti (Allemagne, Europe centrale), Kale (Ibérie).
- Langue : Romani, avec dialectes locaux influencés par le grec, l’arménien ou le serbe.
Vie quotidienne et métiers : artisans nomades d’une Europe en mutation
Pas de mythe de l’errance gratuite : les Tsiganes étaient des professionnels mobiles. Forgerons, cordonniers, ferblantiers, marchands de chevaux, ils répondaient à un besoin économique dans des sociétés rurales. D’autres excellaient en musique, danse, dressage d’animaux – pensez aux violonistes tziganes qui enchantent les fêtes bohèmes. Au XIXe siècle, certains deviennent fonctionnaires, comme dans les postes allemandes.
Le nomadisme décline dès le début du XXe siècle. Beaucoup sédentarisent, avec des déplacements saisonniers. En 1939, un million de Tsiganes vivent en Europe : moitié en Europe de l’Est (URSS, Roumanie), communautés fortes en Hongrie, Yougoslavie, Bulgarie. En Allemagne, 30 000 citoyens, dont 11 200 en Autriche. Loin des clichés, leur stabilité sociale l’emporte souvent sur le mouvement.
Religions et diversité culturelle
Chrétiens pour la plupart en Occident, musulmans dans les Balkans après passages en Perse. Cette diversité reflète leurs migrations. Les familles restent soudées, avec codes internes forts : respect des aînés, mariages endogames, artisanat transmis de génération en génération.
Persécutions : une haine séculaire culminant sous les nazis
Depuis le Moyen Âge, l’Europe les rejette. Le terme allemand « Zigeuner » évoque l’intouchable grec. Décrets d’expulsion, excommunications : en Espagne, Charles III tente l’assimilation forcée au XVIIIe siècle. Au XIXe, une « politique tsigane » émerge (1906-1913) dans tous les États européens, avec surveillance policière.
En Allemagne, dès 1899, la Bavière tient un registre central. Les nazis amplifient : en 1936, avant les JO de Berlin, 600 Tsiganes sont parqués à Marzahn, près d’un dépotoir. Camps de travail forcé partout. Robert Ritter, « expert », les dit « aryens corrompus » par mélange racial. Stérilisations massives sous les lois de Nuremberg. Symbole : triangle noir ou vert dans les camps.
La Shoah tsigane (Porrajmos, « la Dévoration ») : 50 000 à 200 000 morts sur un million. Déportations à Auschwitz, Sachsenhausen. En France, internement à Crest pendant la Grande Guerre. Post-1945, marginalisation persiste : apatrides, sans reconnaissance tardive.
- Étapes clés de répression :
- 1417 : Bulle papale d’excommunication.
- 1530 : Expulsion d’Angleterre.
- 1710-1780 : Marie-Thérèse en Autriche force sédentarisation et déportations.
- 1933-1945 : Génocide nazi.
Du XIXe au XXIe : sédentarisation forcée et luttes contemporaines
Industrialisation brise le nomadisme : routes goudronnées, autos supplantent les chevaux. Première Guerre : internements en France (Drôme). Après 1945, politiques d’assimilation à l’Est et à l’Ouest. Aujourd’hui, 10-12 millions en Europe, sans État propre. Mythe de la « nation errante » persiste, alimenté par politiques et imaginaires artistiques (Carmen, Esméralda).
Henriette Asséo parle d’approche polycentrique : stabilité> mobilité. La diversité nationale s’affirme au XIXe : Gitans espagnols, Manouches français, etc.
FAQ
D’où viennent les Tsiganes ?
Du nord de l’Inde (Pendjab), migration vers l’Europe au XIVe-XVe siècle via Perse et Balkans.
Quelle est la langue des Tsiganes ?
Le romani, dérivé du sanskrit, avec dialectes locaux.
Combien de Tsiganes ont été tués par les nazis ?
Entre 50 000 et 200 000, sur un million en Europe pré-guerre.
Les Tsiganes sont-ils toujours nomades ?
La majorité est sédentaire aujourd’hui ; le nomadisme est marginal et souvent contraint.
Quelle différence entre Roms et Sinti ?
Roms plus orientaux, Sinti en Europe centrale ; même origine, dialectes proches.
Pour aller plus loin, explorez les artisanats ancestraux qui survivent, comme la forge ou la musique. Rendez visite à un festival romani, lisez des témoignages directs. Comprendre l’histoire des Tsiganes, c’est questionner nos préjugés : invitez un voisin à partager son héritage, et bâtissez des ponts concrets dès aujourd’hui.