Olga de Amaral Fondation Cartier : une rétrospective lumineuse et sensorielle

L’exposition Olga de Amaral Fondation Cartier marque un temps fort de l’art contemporain à Paris. Du 12 octobre 2024 au 16 mars 2025, la Fondation Cartier pour l’art contemporain a accueilli une rétrospective majeure dédiée à l’artiste colombienne Olga de Amaral, figure emblématique du fiber art. Cette immersion dans plus de 60 ans de création révèle un univers où textile, lumière et spiritualité se mêlent en une danse hypnotique.

Qui est Olga de Amaral, pionnière du fiber art ?

Olga de Amaral, née en 1932 à Bogotá, est une artiste textile dont l’œuvre transcende les frontières de l’artisanat pour s’inscrire dans l’abstraction moderne. Formée à l’Académie Cranbrook aux États-Unis dans les années 1950, elle puise dans l’héritage du Bauhaus pour abolir les cloisons entre art, design et artisanat. Ses tapisseries ne sont pas de simples décorations murales : elles deviennent des sculptures autonomes, libérées du châssis, qui dialoguent avec l’espace.

Son travail explore la culture colombienne, les paysages andins et les dichotomies précolombiennes et coloniales. L’or, inspiré des artefacts préhispaniques et du kintsugi japonais, est au cœur de sa palette. Rencontrant la céramiste Lucie Rie, elle intègre feuilles d’or et acrylique à ses fibres, transformant le coton brut en reliefs chatoyants. Nommée “Visionary Artist” par le Museum of Art & Design de New York en 2005, elle reçoit aussi le Women’s Caucus for Art Lifetime Achievement Award, confirmant son statut international.

L’exposition à la Fondation Cartier : un parcours chronologique et thématique

Conçue par l’architecte Lina Ghotmeh, l’exposition réunit près de 80 œuvres, dont beaucoup inédites en Europe. Le parcours, immersif et en spirale, descend sur deux niveaux pour retracer l’évolution d’Olga de Amaral des années 1960 à aujourd’hui. Au rez-de-chaussée, les pièces monumentales modèlent l’espace ; en bas, une déambulation intimiste révèle ses expérimentations précoces.

Les thématiques guident le visiteur : l’héritage moderniste, les techniques innovantes, la quête de lumière, le textile comme langage et les liens avec la nature colombienne. Émancipées du mur, les œuvres invitent à un rapport charnel, où textures organiques et surprises optiques captivent le regard.

Les séries phares : de Brumas aux explorations lumineuses

  • Brumas (Brumes) : Débutée en 2013, cette série de 34 pièces (dont 23 exposées) évoque les brumes andines. Fils indépendants enduits de gesso (enduit plâtreux), peints pour créer des anamorphoses légères. Présentée dès 2018 à la Fondation Cartier dans Géométries Sud, elle marque une rupture innovante.
  • Recherches textiles des années 1960 : Structures géométriques complexes, influencées par Cranbrook, mêlant couleur vive et composition rigoureuse.
  • Pièces à l’or : Surfaces dorées sensuelles, réfractant la lumière pour un effet surnaturel. Elles dialoguent avec le spirituel, absent des courants des années 1970-80.
  • Œuvres monumentales : Sculpturales, elles transforment le textile bidimensionnel en présences tridimensionnelles, fusionnant art et artisanat.

Ces ensembles vibrent d’une énergie organique, où gesso, métaux précieux et fibres créent des illusions optiques et émotionnelles.

La couleur et la lumière : au cœur de l’identité artistique

« Je vis de la couleur. C’est un langage inconscient que je comprends », confie Olga de Amaral. Automnales ou intenses, ses teintes symbolisent histoire et spiritualité précolombienne. La lumière, captée par l’or, instaure un dialogue mystique : elle réfracte ou absorbe, évoquant croyances anciennes et paysages intérieurs.

Ses surfaces lumineuses incarnent un moi caché, mêlant sensualité et transcendance. Inspirée par l’architecture, les mathématiques et la cordillère des Andes, elle tisse identité personnelle et culturelle dans chaque brin.

Un écrin architectural repensé par Lina Ghotmeh

Dernière exposition au boulevard Raspail avant le déménagement Place du Palais-Royal en octobre 2025, elle bénéficie d’un lieu sur mesure. Lina Ghotmeh restructure le niveau inférieur pour une découverte fluide : monumentalité et finesse cohabitent sans s’écraser. Le parcours en spirale évoque voyages entre précolombien, japonais, marin et cosmique, amplifiant l’immersion.

L’héritage d’Olga de Amaral dans l’art abstrait latino-américain

Ambassadrice du fiber art post-Seconde Guerre mondiale, Olga de Amaral élève le textile à un langage abstrait puissant. Ses « hors châssis » résonnent historiquement, challengeant les hiérarchies artistiques. À la Fondation Cartier, son œuvre révèle une sensibilité charnelle, organique, en perpétuelle transformation.

Après Paris, l’exposition voyage à l’ICA Miami dès octobre 2025, prolongeant son rayonnement. Album et catalogue (broché, 21×27 cm, 48 pages) permettent de prolonger l’expérience chez soi.

Pourquoi visiter cette exposition ?

Pour les amateurs d’art contemporain, c’est une invitation à renouer avec la spiritualité via le sensible. Olga de Amaral prouve que le textile peut être révolutionnaire, inspirant comme une œuvre qui choque le monde de l’art par son audace. Une expérience visuelle et émotionnelle inoubliable, accessible et profonde.

En somme, Olga de Amaral Fondation Cartier célèbre une artiste qui, par fil et or, tisse les mystères de l’âme humaine.

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